FormaBoom
20.10.2019

L’école est finie

Rencontre avec Quentin Guillaume, co-fondateur avec Bérangère Perron de FormaBoom, un studio de design graphique basé à Marseille, qui revendique une approche singulière pour chacun de ses projets. À l’occasion de cet entretien, nous échangeons sur la période qui marque le début de l’activité professionnelle après un cursus en école d’art.

Thomas Amico Peux-tu me parler de ton parcours ?

Quentin Guillaume À la fin du collège, après la troisième, j’ai cherché un CAP de graphisme. À l’époque je faisais du graffiti et j’avais des potes plus vieux qui faisaient déjà du graphisme, des pochettes de disques, pour des groupes de rap locaux, des flyers… Après mon CAP j’ai donc fait un Bac Pro dessinateur en communication graphique.
  Ensuite, j’ai passé mon DNAT design graphique à l’ERBA Valence [ancien ÉSAD Valence, ndr] puis je suis allé en section vidéo aux Arts Décoratifs de Paris. Parce qu’après trois ans à Valence c’était important de continuer en Master. Mais en sortant de l’école, avec Bérangère, on a pris une grosse claque : on s’était éloignés du monde professionnel après le CAP et le Bac Pro pour être dans le monde du « designer graphique chercheur ». On s’est retrouvés confrontés à la difficulté de « comment gagner de l’argent ? »
  À ce moment-là, je voulais être assistant d’artiste, j’ai donc envoyé des mails à des artistes que j’aimais bien, Claude Lévêque, Nicolas Moulin, Alain Declercq, etc. J’ai fait des petits boulots, quelques missions en agence de communication. Une agence m’a proposé de travailler pour 1 200 € par mois en CDI ou en free-lance pour 3 000 € par mois, j’ai directement accepté de travailler en free-lance. J’ai travaillé avec eux trois ans. Puis on s’est dit, Bérangère et moi, qu’on allait monter un studio ensemble, c’est à ce moment-là qu’on a créé FormaBoom. On a gagné un concours pour l’identité visuelle du musée des Beaux-Arts de Lyon. Ça nous a fait un petit book, on a réussi à trouver d’autres commandes, etc. Nous sommes ensuite partis de Paris pour nous installer à Marseille, on a fait un co-working, ce qui nous a permis de rencontrer d’autres gens et créer un réseau.

Logo du studio FormaBoom.

T.A. Travailler en couple, le conseilles-tu ?

Q.G. Être à deux, c’est super important parce qu’en faisant du graphisme tu t’épuises rapidement, il faut pouvoir partager les projets avec quelqu’un pour reprendre de l’énergie. Même pour la relation client c’est important, à deux on est plus solides, les gens vous écoutent plus. Et puis un garçon et une fille ça marche bien, il ne faut pas oublier que c’est d’abord du rapport humain tout ça. Les gens ne te font pas bosser parce que tu es bon ; tu es bon, c’est normal, sinon tu n’es même pas là. Ils te font bosser parce que tu es sympa, tu as un bon contact, tu réponds au téléphone, fait des rendez-vous cools, tu trouves des solutions, etc. C’est pour ça qu’il y a plein de gens qui n’ont pas de talent mais qui bossent bien, c’est parce qu’ils ont un super sens des relations… inversement, il y a des gens très forts qui ne bossent pas. Donc à deux on est plus forts. Moi j’ai un relationnel qui est bon mais je suis assez sanguin. Bérangère est plus pondéré que moi, on s’équilibre.

T.A. Comment trouve-t-on des clients lorsqu’on se lance ?

Q.G. Quand j’étais aux Arts Déco, je rentrais dans les magasins du quartier, je demandais aux gens s’ils n’avaient pas besoin de cartes de visites, d’une affiche, etc. Ce qui est bien dans le graphisme c’est que tu peux arriver partout, il y a toujours du taf. C’est ça qui est sympa dans ce métier, c’est léger, tu as un ordi, tu le déplaces, c’est simple. Tu n’as pas de gros investissement à faire en comparaison à d’autres métiers.

Habillage graphique d’une tour au Centre scientifique et technique du bâtiment, 2011.

T.A. Pas trop dure la réalité de la vie professionnelle en sortant d’école d’art ?

Q.G. Non, pas plus que kiné. Il y a de plus en plus de boulot dans ce métier, ça n’arrête pas. Quand j’ai commencé le graphisme les gens ne connaissaient même pas le mot. Aujourd’hui tout le monde a des notions de typographie parce que tout le monde utilise des logiciels où l’on propose un Helvetica, un Courrier ou autre chose. Tout le monde est sensible à ça, donc on pourrait croire qu’il y a moins besoin de graphistes, mais en fait pas du tout, parce qu’il y a des gens qui ont besoin qu’on leur explique, il y a plein de demandes. En ce moment on bosse pour Jean-Paul Gaultier, on fait de la pâte à modeler ; les marques communiquent, elles ont besoin de visuels tout le temps, donc c’est possible de travailler. Le risque, c’est de se perdre, de ne plus savoir qui tu es. Ne plus avoir de travail personnel, c’est ça le piège. Si tu ne fais que des choix financiers, tu arrives à faire des projets un peu pourris que tu ne peux plus montrer, tu n’as plus de production personnelle parce que tu es rincé et tu en viens à ne plus savoir quoi faire. C’est pour ça qu’il y en a pleins qui lâchent l’affaire.
  Ce qui est dur c’est de mener de front une vie professionnelle qui peut ramener assez d’argent pour se débrouiller et de continuer un boulot perso. C’est ça qui va t’apporter des choses, sinon tu t’épuises et un jour tu n’es plus frais, tu n’as plus rien à proposer, il y a des jeunes qui arrivent donc on ne te fait plus bosser.

T.A. Est-il possible de faire du « design d’auteur » pour une commande plutôt corporate ?

Q.G. Pour moi, c’est cinquante-cinquante. 50 % le client, 50 % le graphiste. Si le client ne l’accepte pas, ça ne marchera pas. Parfois tu tombes sur des clients cools : en ce moment je fais une identité graphique pour une boîte qui fait de la prédiction et de l’analyse de flux sur Internet, on a réussi à faire un bon projet parce que les gens sont intelligents, ils acceptent l’échange. Puis à d’autres moments ça foire. Parce que la personne n’a pas les mêmes références graphique et elle veut un papillon bleu. La cliente c’est la cliente, à un moment donné si elle veut son papillon, soit tu lui dis d’aller se faire voir, soit tu dis « oui, bien sûr Madame, je vais faire le papillon, je vous envoie la facture, c’est 1 500 €. » Tout ça s’apprend, c’est un jeu.

Communication de la Plateforme de la création architecturale, 2014.

Signalétique de la Plateforme de la création architecturale, 2014.

Pulvérisation des murs de la Plateforme de la création architecturale, 2014.

T.A. Est-ce possible de travailler avec des clients à distance, sans forcément les rencontrer ?

Q.G. Ça m’est arrivé, mais c’est difficile. Il faut se voir, c’est important pour faire passer les projets. On a des règles : on n’envoie jamais une création par mail, en tout cas pas au début, on essaie de faire un rendez-vous et de bien le préparer. Il ne faut pas que ça dure trop longtemps, parce qu’il y a des pics d’attention qui font que pendant une demi-heure les gens t’écoutent, après beaucoup moins, ensuite ils vont commencer à déconstruire ton projet. Il faut savoir stopper la réunion quand tout le monde est content.

T.A. Est-ce une bonne idée de travailler chez soi ?

Q.G. Alors ça en revanche, je te le déconseille.

T.A. Mais au début, on n’a pas forcément les moyens de se payer un logement et un studio.

Q.G. Cela dépend des endroits où tu habites, à Valence il y a moyen de trouver des lieux facilement. J’avais un ami qui faisait la communication du théâtre et le théâtre lui passait des locaux. C’est pas mal de fonctionner comme ça. Du coup, il était très libre dans sa création graphique. Parce qu’il bossait dans ce mode d’échange il n’y avait pas d’argent, donc plus de liberté.

T.A. Comment trouves-tu tes clients ? Ce sont plutôt eux qui t’appellent ? Tu participes à des appels d’offres ?

Q.G. Non, on nous appelle. Au tout début on a répondu à un ou deux appels d’offres, mais je n’y croyais pas. Si tu ne connais pas quelqu’un tu ne gagneras pas. On a répondu à un appel d’offre pour le musée des Beaux-Arts de Lyon parce qu’une personne est venue nous voir deux mois avant en nous disant qu’elle aimerait qu’on y participe. Regarde par exemple ABM Studio, qui se bat pour que les appels d’offres publics soient rémunérés… Il ne faut jamais accepter de travailler sans être rémunéré parce que tu mets les autres graphistes en difficulté. Il faut que les graphistes soient solidaires. Et puis si tu travailles et que tu n’es pas rémunéré, on ne te considère pas.

Catalogue de l’exposition Le grand mezzé au Mucem, 2020.

T.A. Participer à des appels d’offres ça te permet quand même de construire un portfolio solide avec des projets plus ou moins réels.

Q.G. Après, tous les moyens sont bons… Il faut y aller au culot, il faut être un bulldozer, tu t’en fous. Il faut croire en toi, c’est vraiment le seul truc. Crois en ta came, « T’en veux pas ? C’est pas grave, lui là-bas il va en vouloir ». Il y a toujours quelqu’un qui va vouloir de ce que tu fais.

T.A. Pour clôturer, quelle est la recette pour trouver le bon nom de studio ?

Q.G. [rires] Choisis un nom qui n’existe pas déjà quand tu le tapes dans Google, et qui se comprenne dans plusieurs langues. Mais tu peux t’appeler Spliff Studio, si tu bosses super bien, tout le monde voudra bosser avec toi.

Une seconde interview de Quentin Guillaume à propos des relations entre les pratiques du graffiti et celles du design graphique est lisible ici.

Pour continuer :

Vincent Zonca → La mousse, partenaire de vie et de penséeFormaBoom → L’illégal, c’est pas mal !
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Vincent Zonca
16.12.2021

La mousse, partenaire de vie et de pensée

Durant un semestre, nous, étudiants en DNSEP design graphique, accompagnés de Grégory Ambos, avons questionné nos manières de voir, de représenter et de parler du monde vivant. Dans le cadre de ces Ateliers du voir, j’ai choisi de mener mon enquête sur les mousses. Intéressée par l’approche transdisciplinaire de l’essayiste Vincent Zonca sur le lichen, son sujet d’étude, je souhaitais le questionner à propos des mousses. Nous nous sommes rencontrés une première fois, avec ma classe, pour qu’il nous présente l’enquête qu’il a mené sur le lichen et sa restitution éditoriale : Lichen. Pour une résistance minimale.

Coline Houot Mousses et lichens sont deux êtres vivants ubiquistes1 qui s’étendent sur diverses surfaces de notre environnement. Communs et discrets, par la dimension banale à laquelle ils sont rattachés, ils se noient dans notre perception du réel. Mais c’est bien cela qui me captive : leur ténacité à se déployer dans l’ombre, avec modestie. Cette banalité me rappelle le mot « endotique » employé dans ton livre et extrait de l’ouvrage de Georges Perec, L’Infra-ordinaire. Pourquoi rattacher nos vivants à ce terme ?

Vincent Zonca Tout d’abord, je ne suis pas spécialiste des mousses. D’un point de vue biologique, mousses et lichens n’ont pas du tout le même fonctionnement. Mais sur les plans esthétique, éthique et philosophique, nous retrouvons, chez ces deux vivants, de nombreuses convergences.
  Durant un certain temps, les plantes ont quelque peu été les grandes abandonnées des discours écologiques. Dans le monde occidental, les lichens ont été associés aux mousses jusqu’au XVIIIe siècle. Longtemps, nous avons rangé dans la même classe lichens et mousses simplement parce que morphologiquement les deux se ressemblaient. L’invention du microscope nous a permis de mieux les connaître, les comprendre et donc distinguer le lichen des autres espèces. Les mousses sont légèrement plus connues que ce dernier. Bien qu’elles aient une grande variété de formes, nous savons les reconnaître, les nommer. Elles font tout de même partie du moins connu dans le moins connu.
  J’ai découvert tardivement la notion d’endotique, en lisant Georges Perec et en partant au Brésil, je me suis demandé ce qui m’intéressait dans la nature brésilienne et dans le lichen. À travers mes lectures de Perec, mais aussi de Jean-Jacques Rousseau et Antoine Emaz, j’ai réalisé que la biodiversité peut être incroyable à proximité et que l’on peut déceler de l’exotique dans le familier. Cette notion d’endotique m’a été fondamentale parce qu’elle permet de faire un système d’opposition, de rappeler que l’on peut trouver de l’exotique dans le quotidien. Les mousses et le lichens font partie de l’inconnu dans le connu, et si nous étions véritablement connectés à notre territoire sur les différents plans (nature, culture, etc.), nous pourrions davantage repérer l’exotique. Ce changement de vision est le point de départ à adopter. Perec explique également que « peut-être s’agit-il de fonder enfin notre propre anthropologie : celle qui parlera de nous, qui ira chercher en nous ce que nous avons si longtemps pillé chez les autres. » Il ne s’agit pas de faire de l’anthropologie des indigènes en Amazonie, mais de faire aussi de l’anthropologie de nous-même et de renverser notre regard. Il ajoute ceci : « Non plus l’exotique, mais l’endotique. Interroger ce qui semble tellement aller de soi que nous en avons oublié l’origine. » Et j’aimerais te partager une citation de Rousseau : « Selon moi, le plus grand agrément de la botanique est de pouvoir étudier et connaître la nature autour de soi, plutôt qu’aux Indes. »

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Coline Houot, Impression CNC, stylo plume, encre noire, 2021.

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Coline Houot, Impression CNC, stylo plume, encre noire, humidification du papier, 2021.

C.H. Ces penseurs insistent sur l’acte d’apprendre à vraiment connaître ce qui nous entoure et nous est familier avant de se tourner vers un pur exotisme.

V.Z. Et je pense qu’il en va aussi de la question de la globalisation de la mondialisation. Nous pouvons d’ailleurs parler d’une mondialisation du vivant et du voir. Nous sommes tellement pris par les réseaux, qu’il est facile d’échanger avec des botanistes du monde entier. Mais la mondialisation nous incite à nous déterritorialiser. Pourtant, je pense qu’il faut savoir s’ancrer pour mieux se connecter au reste et je perçois un positionnement du vivant lié à un contexte actuel.

C.H. Pour toi, la globalisation du monde peut être autant bénéfique que néfaste et dangereuse ?

V.Z. Je pense qu’il faut bien savoir s’articuler, ne pas partir dans le vertige de la mondialisation — pas seulement en terme économique, mais aussi en terme de flux, de communication. Il est très facile de vivre en se dématérialisant, en se virtualisant à travers nos appareils numériques. Néanmoins, il faut savoir, réapprendre à faire territoire, comme la mousse. Ce territoire est une articulation très nette entre le local et le global et, de mon point de vue, nous ne pouvons faire impasse sur aucun des deux. Il y a beaucoup d’ouvrages sur la question environnementale qui cherchent à s’ancrer dans ou à la marge du territoire dans lequel nous habitons. Pour moi, l’important réside dans l’articulation des deux et comme la mousse, de faire son territoire.

C.H. En parallèle de ton travail d’écriture, via ton Instagram (@lemondeestunlichen) et les photographies de différentes espèces de lichens, tu sembles accorder une place importante à la dimension matérielle de ton vivant. Peut-on vraiment parler de matérialité de ces vivants et cette matérialité est-elle liée à l’attrait esthétique qu’ils peuvent stimuler chez nous ?

V.Z. La beauté est une notion très subjective et durant de nombreux siècles, les botanistes parlaient souvent de beauté des plantes avec un soubassement religieux, notamment chrétien, comme pour montrer la beauté de la création divine.
  Personnellement, je dirai que la beauté des plantes, du lichen est la complémentarité de deux choses. D’abord, on retrouve tout un répertoire de formes, de couleurs et de textures liées à cette matérialité dont tu parles. Ces caractéristiques ont fait du lichen un sujet pour les artistes — particulièrement les sculpteurs, les brodeuses, les graveurs — qui, en cherchant à traduire artistiquement ces vivants, ont fait ressortir et ont joué avec cette matérialité. Le lichen, la mousse sont des structures complexes, molletonnées, qui attisent chez nous, je trouve, des pulsions tactiles. C’est pourquoi j’aime dire que ces vivants se touchent, se croquent ! On oublie souvent la question du toucher, mais c’est en cela que réside une forme de beauté.
  Ensuite, et c’est ce qui m’a beaucoup intéressé, c’est que l’on puisse voir dans la nature des œuvres d’art ou autrement dit, voir des images qui font œuvre d’art. Au départ, j’étais fasciné par les affiches déchirées dans la rue — très à la mode dans les années 1970 chez les nouveaux réalistes comme Jacques Villeglé. Bien sûr, ici, ce sont des «  productions humaines » mais on peut se poser les mêmes questions : comment des objets ou des êtres vivants, n’étant pas prévus pour cela, peuvent faire image, faire art ? Ces images naturelles, la forme du lichen, les traces sur la pierre… font appel à l’inconscient et dépassent la vertu psychanalytique pour toucher à la vertu de sensibilité.
  On retrouve donc ces deux aspects dans ce qui fait beauté chez nos vivants : d’une part le tactile, et d’autre part la notion d’image naturelle — comment une forme subjective, pas totalement reconnaissable, fait appel à notre inconscient et à notre imagination ?

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Grand lichen, Saint Agrève, 2022.

C.H. Lorsque j’ai commencé mon enquête, j’ai remarqué que les mousses ne s’inscrivaient pas dans la même temporalité que d’autres vivants. Véritables bio-récepteurs, leur développement n’est pas soumis aux saisons, mais à la qualité ou au taux d’humidité dans l’air par exemple. Elles fonctionnent comme des éponges. Ne possédant ni de vrais vaisseaux conducteurs, ni de véritables racines, ni d’organes de stockage, elles ont développé la capacité de supporter une période de sécheresse en cessant toute activité métabolique. Pour résister à la dessiccation, elles appliquent leurs feuilles contre la tige ou retournent leur thalle et prennent alors une apparence brune et rabougrie. C’est impressionnant d’observer cette phase de « dormance » qui peut perdurer jusqu’à une trentaine d’années pour certaines espèces. Au retour de l’humidité, toutes leurs cellules se gorgent très rapidement d’eau, les feuilles se déploient et reprennent leur couleur verte : elles reviennent à la vie. Ces réactions particulières me donnent l’impression que bien que nous vivions dans les mêmes espaces, ils sembleraient que nous soyons calés sur deux fréquences temporelles différentes. Pourtant, dans son livre La vie des plantes, l’écrivain Emanuele Coccia décrit les plantes comme des partenaires de vie et de pensée. Il est vrai qu’en menant cette enquête, les mousses m’ont fait me questionner sur ma façon de vivre et notamment sur mon rythme de vie. Comment perçois-tu cette notion de temporalité et le parallèle mousse/homme ?

V.Z. J’aime beaucoup cette idée de considérer le vivant, les mousses comme partenaire de pensée. C’est une réaction à la mode en ce moment, mais cela a la vertu de nous rapprocher au plus près du vivant. Lorsqu’Antoine Emaz écrit son poème « Autoportrait en végétal », on observe une tentative de voir le végétal comme miroir, comme autoportrait, comme essence même.
  Sur cette notion de temporalité, nous savons que le lichen et la mousse se développent très lentement. Ce qui me semble intéressant est d’essayer de se rapprocher d’organismes fonctionnant de façons très différentes des nôtres. Et c’est ce qui m’amène à parler maintenant de la notion d’échelle, rapportée à ce qu’on appelle la biodiversité négligée — ce que l’on regarde le moins : la mousse, le lichen, les insectes. Comment se familiariser avec ces organismes vivants à des échelles temporelles, mais aussi spatiales, radicalement différentes des nôtres ? Comment réussir à comprendre la mousse ou le lichen, s’ils sont cinquante fois plus petits et poussent à une vitesse de deux millimètres par an ? Autour de cela gravitent des questions philosophique, éthique, écologique, artistique… D’ailleurs, en imaginant son portrait en végétal, Emaz propose un modèle alternatif à une société qui est dans la fuite, l’accélération du temps liée à la question de mondialisation débridée dont nous parlions précédemment.

historiaMuscorum

Jacob Dillenius, Historia Muscorum, 1741.

C.H. En parallèle de ce que tu dis, j’aimerais citer un passage qui m’a marqué dans ton livre. Tu y expliques ce qu’est le wabi sabi, terme japonais : « Le temps ne doit être vu ou vécu comme une fuite, une perte ou une nostalgie, mais comme une évolution constructive ». Dans ce livre, tu parles également de notre ou de nos relations aux vivants et entre vivants.

V.Z. En effet, nous fantasmons et nous projetons nos représentations dans la nature. Un des mots devenant à la mode pour penser l’écologie est celui de « symbiose ». Le vivant est entremêlé, entrelacé, connecté, vit à tout instant dépendant d’autres organismes. Nous avons souvent tendance à projeter dans cette symbiose une forme d’idéalisme horizontal. Cette façon de penser fait écho à la théorie de Gaïa où le vivant est considéré comme interdépendant mais à bénéfice systématiquement mutuel pour assurer un équilibre global. Il peut y avoir des déséquilibres, mais la nature saura tout le temps se rééquilibrer.
  Cela, j’y crois, mais jusqu’à un certain point seulement, il est important de nuancer son point de vue sur ces questions de symbiose et de bénéfice mutuel. Par exemple, le lichen est issu d’une symbiose entre un champignon et une algue, qui, à l’œil nu, ne forme qu’un. Ce n’est qu’au microscope que l’on arrive à identifier les deux séparément. Ici, je pense qu’il est difficile de qualifier jusqu’à quel point c’est un bénéfice mutuel ou à quel moment cela dérive vers une sorte de parasitisme. Pour te répondre plus directement, les dernières théories actuelles font état qu’au sein du lichen, c’est comme si le champignon, qui cultive les algues, crée une forme de dépendance des algues envers lui pour mieux recevoir le bénéfice de leur photosynthèse. Comme si c’était un partenariat orienté. Ma position est de dire que le vivant est en symbiose, en définissant « symbiose » comme « vivre ensemble ». Ce n’est pas la définition du mot sur laquelle s’accordent tous les scientifiques. En France, on associe la symbiose à une forme de mutualisme. Le plus important est de poser le fait que le vivant est en interaction.

C.H. Ces derniers mots me font rebondir sur cet extrait du livre d’Emanuele Coccia où il parle de relation des plantes : « Une substance est unifiée parce qu’elle est tout entière traversée d’un certain souffle par lequel le tout est tenu ensemble, reste ensemble et peut être en sympathie avec soi-même. Se mélanger sans se fondre signifie partager le même souffle. Il faut prêter attention à l’unité d’un corps vivant : les organes ne sont pas simplement juxtaposés, ni ne sont matériellement liquéfiés les uns dans les autres. S’ils constituent un corps, c’est parce qu’ils partagent le même souffle. De même pour le cosmos : être dans le monde signifie toujours partager non pas une identité, mais un même souffle (pneuma). ‹ Il y a un souffle qui meut soi-même vers soi-même et de soi-même › (Jean Stobée, Eclogarum physicarum et bthicarum libre duo, I, XII, 4) : telle est la dynamique du monde, son rythme immanent. Le souffle c’est l’art du mélange, ce qui permet à tout objet de se mélanger au reste des choses, de s’y immerger. […] Le monde est la matière, la forme, l’espace et la réalité du souffle. Les plantes sont le souffle de tous les êtres vivants, le monde en tant que souffle. Inversement, tout souffle est l’évidence du fait qu’être-au-monde est une expérience d’immersion. Respirer signifie être plongé dans un milieu qui nous pénètre au même titre et avec la même intensité que nous le pénétrons. Tout être est un être mondain s’il est immergé dans ce qui s’immerge en lui. La plante est ainsi le paradigme de l’immersion. » Ce texte nous rappelle que tous les vivants font partie d’un même ensemble et leurs modifications participent à une quête d’équilibre — un équilibre souvent mis en danger par l’Homme et ses actes éhontés. Pour reprendre les mots d’Emanuele Coccia en les rattachant plus précisément à notre enquête, pourquoi peut-on dire que la mousse est « le paradigme de l’immersion » ? Selon moi, la mousse agit aveuglément et d’après des causes que nous pouvons qualifier d’excitations. Celles-ci nous sensibilisent à l’idée de nous inclure à notre environnement, dans lequel tout est échange et accueil du monde tel qu’il est, dans sa temporalité, et non domination. Quel est ton point de vue sur cette question de « paradigme de l’immersion » à propos de la mousse, du lichen ?

V.Z. Je trouve la fin de la citation très belle et elle prend tout son sens lorsqu’on pense à la respiration des plantes. Que les plantes puissent brasser le monde par le phénomène de photosynthèse prouve qu’elles sont des organismes d’immersion.
  Les lichens, contrairement à nous ou à d’autres végétaux, n’ont pas de pores dans la peau ou de système de filtrage de l’air qu’ils reçoivent — comme les champignons, ils stockent les polluants. C’est pour cela qu’en ville nous ne retrouvons que certaines espèces de lichens qui apprécient ces polluants et que dès que la composition de l’air change, nous observons une disparition de certaines espèces. Ces réactions nous permettent de dire que le lichen est un organisme d’immersion, puisqu’il est pur accueil du monde.
  Ce qui est en jeu, derrière la citation poétique d’Emanuele Coccia, est que les plantes accueillent le monde par l’atmosphère et le régénèrent par la photosynthèse. La respiration des plantes, c’est la respiration du monde. À chaque instant, nous respirons des graines, des bactéries, de spores de champignons, de lichens. Nous respirons ces vies, la vie, et cela est la preuve même que nous sommes parfaitement immergés.

C.H. Lors de mes recherches, j’ai lu un article dont le titre était le suivant : « Les mousses ne meurent jamais ». Surprise par cette affirmation, je souhaitais y ajouter un point d’interrogation comme pour exprimer l’étonnement que cela introduit.

V.Z. Évidemment qu’elles meurent. Ça serait très idéaliste de dire que les mousses, comme les lichens, sont des organismes résistants qui ne meurent jamais. Mais te répondre comme cela est plat et inintéressant. Les mousses et les lichens ont cette vertu de pouvoir se dessécher, de pouvoir vivre dans un état de dessiccation et par la suite de revenir à la vie. C’est justement le fruit de l’adaptation incroyable du vivant à des conditions extrêmes. J’aime beaucoup utiliser le mot « extrêmophile », pour dire qu’ils aiment ce qui est extrême, dans le sens où ils ont été créés (non au sens divin) pour ce genre d’écosystème difficile. C’est pour cela que nous retrouvons ces espèces dans des milieux urbains et dans des milieux où les conditions climatiques sont arides.

C.H. Poser son regard sur la banalité c’est l’extirper de son mutisme, voir ce qui était devenu invisible. Je me suis redécouverte et reconnue dans la perception, l’appréhension et l’occupation du monde à laquelle Coccia essaie de nous sensibiliser.

V.Z. Ce que tu dis sur le banal rattaché aux vivants est intéressant face aux problèmes urbains actuels. Nous cherchons à mettre du vert dans la ville sans même s’apercevoir que la ville est déjà verte. Non seulement parce qu’il y a du vert dans les interstices, mais aussi parce que nous, nous sommes natures. L’écologie urbaine doit prendre appui sur cette biodiversité déjà présente plutôt que d’essayer d’introduire de nouvelles espèces d’abord parce que ces espèces sont résistantes à ce genre de milieu et peuvent réparer des lieux. Nous appelons mycoremédiation l’action des plantes, des champignons à réparer des sols abîmés et les rendre à nouveau fertiles. Comme l’on raisonne beaucoup par opposition entre ville et campagne, nature et culture, pour nous, rendre verte la ville, c’est réintroduire des plantes de l’extérieur. Mais nous semblons nous tromper. Commençons par regarder le banal, les interstices…

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Coline Houot, Impression CNC, feutre, encre verte, 2021.

Bibliographie

Zonca Vincent, Lichens : Pour une résistance minimale, Humensis, 2021 † Kimmerer Robin Wall, Gathering Moss, Penguin UK, 2003 † Coccia Emanuele, La vie des plantes : Une métaphysique du mélange, Bibliothèque Rivages, 2016 † Perec George, L’infra-ordinaire, Éditions du Seuil, 2015 † Laurent Burgisser, « La mousse ne meurent jamais », Radio Télévision Suisse, Les petites bulles, 2012, lien vers le podcast † Adèle Van Reeth, « ‹ La vie des plantes › par Emanuele Coccia », France Culture, Les Chemins de la philosophie, 23 février 2018, lien vers le podcast † Raphaël Bourgois, « Qu’est-ce qu’une plante ? de Florence Burgat/Manières d’être vivant de Baptiste Morizot », France Culture, Avis critique, 7 mars 2020, lien vers le podcast † Metabolic Selves, Moss Matters, 2020-2021, lien vers le podcast † BNF, Guiseppe Penone, Sève et pensée, Paris, 12 octobre 2021–23 janvier 2022 † Museum Für Gestaltung, Formafantasma: Cambio—Tree, Wood, Human, Zürich, 3 janvier 2021–8 Mai 2022


  1. Une espèce est qualifiée d’ubiquiste ou encore ubiquitaire lorsqu’elle se maintient dans plusieurs biotopes tout en occupant des niches écologiques variées, éventuellement avec une distribution géographique étendue (Source Wikipedia). 

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FormaBoom
22.10.2019

L’illégal, c’est pas mal !

FormaBoom est un studio de design graphique fondé par Bérangère Perron et Quentin Guillaume, tous les deux diplômé·es de l’École d’art et design de Valence, mais aussi de l’École des arts décoratifs de Paris. À l’occasion de sa venue en workshop à Valence, nous nous entretenons avec Quentin sur l’influence du graffiti dans son parcours.

Daphné Lejeune Depuis combien de temps pratiques-tu le graffiti ? Ou pendant combien de temps l’as-tu fait ?

Quentin Guillaume Je ne le pratique plus comme avant, j’ai un œil dessus j’adore lire et regarder les tags et quelques graffs aussi. Aujourd’hui je fais des formes mais plus de tags (signature). Mais j’ai commencé le graffiti, je ne sais pas, j’avais onze ans et demi, douze ans. J’ai commencé à faire des murs à quatorze ans et j’ai eu une période active jusqu’à vingt-deux ans. Après j’ai commencé à faire des choses un peu différentes.

Graffiti, Barcelone, 2002.

D.L. Tu étais seul ou à plusieurs ?

Q.G. On était à plusieurs, c’était un groupe d’amis. C’était surtout une façon de se sociabiliser, d’intégrer un groupe, de ne pas être seul.

D.L. Comment as-tu commencé le graff ?

Q.G. J’ai commencé avec un ami, dans les rues de Marseille : on trouve un prétexte, promener le chien par exemple et on va faire des tags. Puis je me suis fait repéré par des mecs plus âgés, qui sont venus me chercher à la sortie du collège, qui m’ont demandés de venir avec eux, j’étais trop flatté, j’ai dit « OK » sans hésiter. Ils m’ont amené sur des murs plus importants, plus gros, plus risqués. C’est à ce moment que j’ai commencé à vraiment faire du graffiti. J’en faisais tous les jours, en achetant ou volant de la peinture, en faisant beaucoup de choses illégales, sur les trains, les autoroutes la nuit, les métros, les grues, les camions, tout. On était obsédés. On se promenait avec nos échelles dans la ville, c’était génial.

Graffiti, Aix-en-provence, 2009.

D.L. Vous avez eu des problèmes avec la police ?

Q.G. Oui, plein. Des gardes à vues, des procès, des arrestations, avec un peu de violence parfois. Mille expériences… On va au ski, on tags les télécabines comme des abrutis, on arrive en haut les mecs nous enferment dedans, ils appellent leurs collègues qui nous attendent en bas pour tout nettoyer, ce qui est normal, c’est le jeu. Il m’est arrivé plein de petites galères. Tu t’autorises quelque chose, tu vas provoquer une réaction, à toi d’être en mesure de répondre à cette réaction avec plus ou moins d’intelligence.

D.L. Selon toi, quelle est la meilleure façon d’évoluer dans le graff ou dans le design graphique en général ?

Q.G. Avec le recul je penses qu’il faut être un bulldozer avec une grande ouverture d’esprit. Douter peu, aller à fond dans ce que l’on fait et ne pas avoir peur de s’imposer. Il faut produire énormément, et diffuser, revendiquer ce que tu fais, faire des gros projets et ne pas hésiter. C’est ça qui va te rapporter des choses après. Si tu le fais à moitié ça sert à rien. C’est comme si tu vas faire un train ou un acte illégal, tu sais que tu t’engages dans une voie compliquée, il peut y avoir des problèmes, donc il vaut mieux y aller à fond. C’est aussi comme le skate, si tu veux réussir ta figure, tu vas tomber mais il faut remonter tout de suite. La chute fait partie du jeu. C’est pour ça qu’il faut envoyer fort, si t’envoies pas fort, tu te plantes. Il faut aller vite, appuyer fort et là ça passe. Le skate c’est une bonne image, j’en ai fait et c’est proche du graffiti dans la façon d’appréhender la ville. Parce que c’est aussi ce qui m’intéresse dans le graffiti, au-delà du graffiti en lui-même c’est surtout la déambulation, les balades dans des lieux qui ne sont pas destinés à ça, découvrir des choses, être seul dans des grands espaces, au milieux d’infrastructures importantes où le public n’a rien à faire, c’est ça qui est chouette ! Un endroit que j’adore à Valence, c’est un grand dépôt de wagon de marchandises bâchés où j’ai passé des journées à faire des tracés en blanc. Un des plus beaux cadeaux que je puisse me faire c’est de passer une journée là-bas.

D.L. Est-ce que tes graffs ont une grande influence sur ton travail actuel ?

Q.G. Oui, parce que je fais du graffiti, je dessine. Ça demande beaucoup de travail manuel, tu es l’imprimeur, donc oui, tu as tes techniques, tes encres… En graphisme j’essaie aussi de trouver des outils pour modifier/stimuler ma pratique.

Graffiti, Paris 20e, 2012.

D.L. Comment sont venues tes idées de motif ?

Q.G. En m’inspirant d’autres choses que du graffiti, en allant voir d’autres choses, de l’art, de la biologie. Je suis très influencé par la biologie, ma mère est médecin donc on a plein de livres sur l’anatomie à la maison, le corps humain, la cellule, je me suis vraiment inspiré de ces images. J’ai un livre très épais, qui est remplis de schémas intéressants, où on peut voir une couche de la peau, des spores… Après j’ai aussi des chocs visuels, quand je suis allé à Barcelone en 1998, j’ai vu des choses que je n’avais jamais vu avant dans le graffiti, un graffeur qui s’appelle Sixe. Des graffs de Tilt, Ceet. J’étais très inspiré par tout ce qui était en style « bubble ». Tu fais des études de graphisme, ça ouvres plein de portes, c’est génial.

Recherches atelier, Marseille, 2020.

D.L. Selon toi, cette étape t’a permis d’en arriver là ou tu en es aujourd’hui ?

Q.G. Oui tout se tient, ça m’a influencé. Après c’est plus les parents qui donnent une structure, le graffiti ça a comme point commun de rassembler des gens qui veulent de l’illégal, qui ont besoin d’autre chose, qui cherchent quelque chose, se confronter à l’autorité. J’ai hésité à faire flic, j’étais aux Arts Déco, je voulais entrer dans la police parce que le travail d’enquêteur m’intéressait. J’ai eu tellement affaire à la police dans le graffiti que je trouvais ça intéressant. J’adore cet univers, t’es au courant de ce qui se passe dans la société et alors que personne ne le sait. C’est comme des mondes parallèles, le graffiti est un monde parallèle. Mais je pense que je n’aurais pas été heureux dans un milieux administratif, j’ai bien fait de ne pas m’engager dans cette voie, je suis pas assez institutionnel pour ça. En même temps je n’ai pas eu un parcours de délinquant parce que j’ai eu une mère qui m’a structuré et qui a fait que j’ai pas déconné, j’ai fait des études, et quand je suis allé trop loin judiciairement dans le graff j’ai arrêté, j’ai cherché du travail…

Mural aérosol et pmma miroir, Lille, 2021.

D.L. Lors de ta conférence à l’ÉSAD Valence le 21 octobre 2019, tu nous as dit que le graff « n’est pas assez ouvert », c’est la raison pour laquelle tu as décidé d’aller dans une école d’art, pourquoi ?

Q.G. Le graff est un art très populaire, qui se rapproche du tuning, c’est des mondes qui peuvent êtres proches, dans le sens ou il y a des magazines internes au truc, des façons de faire pour être accepté, etc. Le graffiti à Marseille par exemple, c’est des guerres de territoires, c’est des gens qui ont pris des places dans la ville, si toi tu prends ces places-là, tu vas leur devoir quelque chose, de l’argent, de la peinture, des bombes. Il y a aussi des gens qui n’ont rien là dedans, ils n’ont pas un parcours assez élevé dans la délinquance mais gardent le graffiti pour se faire plaisir et avoir un peu de pouvoir sur d’autres, des gens plus jeunes. Il y a beaucoup de vols dans ce milieu, dans certains groupes des personnes vont être formées à voler. Quand tu fais ça tu vas te confronter des personnes qui ont peu d’ouverture d’esprit. Pour eux le graff c’est du vandalisme. À l’opposé, il y a aussi le côté super conventionnel de la mairie qui va appeler le graffeur du coin pour faire une déco, qui va être souvent naze, c’est le côté « culture facile », « culture à emporter ».
  Maintenant la nouvelle génération qui fait du graffiti est beaucoup plus intéressante. Elle mixe beaucoup plus les codes. Aujourd’hui il y a des mecs qui font du graff et qui écoutent du métal. Alors qu’avant c’était pas possible et c’est super bien, ça ouvre vers d’autres typographies, d’autres approches. Les codes sont beaucoup plus déstructurés. Va voir par exemple ce que font les PAL (Saeio RIP), ce sont des mecs qui font du graff et qui sont passés dans une école d’art. Je trouve que cette famille-là est intéressante dans le graffiti, ils tentent des trucs et déconstruisent les dogmes de cette pratique.

Dessin sur voile (Tzigane), 2021.

Une seconde interview de Quentin Guillaume à propos des débuts de son activité de designer après des études en école d’art est lisible ici.

Quentin Guillaume est diplômé de l’École des arts décoratifs de Paris et de l’École d’arts et design de Grenoble-Valence. En 2013, il fonde avec Bérangère Perron le studio FormaBoom à la suite d’un appel d’offre gagné pour le Musée des Beaux-Arts de Lyon. En 2017 leur studio s’installe en haut de la Canebière à Marseille en continuant les projets à Paris, Lille et Strasbourg.

Site du studio FormaBoom

Thomas Amico est diplomé en design graphique de l’École supérieure d’art et design Grenoble-Valence depuis 2020.

Site de Thomas Amico


Citer cet article« L’école est finie », FormaBoom par Thomas Amico, 20.10.2019, PNEU, https://revue-pneu.fr/lecole-est-finie/, Consulté le 05.12.2022

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