Ines Cox
14.11.2025
Ines Cox Inès
Ines Cox est intervenue à l’ESAD Valence à la fin de l’année 2025 pour un workshop de cinq semaines avec les étudiant·e·s de quatrième année en design graphique. C’est dans ce cadre que j’ai eu l’occasion de la rencontrer et de réaliser cet entretien. Je m’intéresse particulièrement à sa manière de travailler qui fait écho à mes propres questionnements. Nous portons aussi le même prénom. Notre échange m’a ouvert des possibilités et permis de comprendre comment un projet peut naître de petites choses, de détails ou d’intuitions ; il m’a permis aussi de saisir plus profondément sa démarche personnelle, d’explorer les coulisses d’une pratique qui se situe à la frontière entre design, création artistique et édition, et de mieux percevoir les motivations, les influences et les envies qui la nourrissent.
Inès Samiri
Ces dernières années, ton approche semble s'être éloignée du design au profit d'une pratique plus artistique. Peux-tu nous parler de ce changement, de ce qui l’a motivé et de la manière dont il se manifeste dans ton travail ?
Inès Cox
Il n’y a pas une seule raison à ce changement ; il s’inscrit plutôt dans une évolution personnelle. Selon les jours, je l’explique par le fait que je n’aimais plus mon travail, par un burn-out, ou encore par mon déménagement en France. Je faisais du design graphique depuis l’école, je travaillais depuis mes 20 ans : après quinze ans de pratique, j’ai réalisé que rien ne m’obligeait à continuer. J’aimais l’idée que notre génération puisse plus facilement décider de faire autre chose.
À mon arrivée en France, je me suis retrouvée davantage à la campagne, avec l’envie d’être dehors ou de travailler de mes mains plutôt que de rester devant un ordinateur. Pendant le Covid, j’ai enchaîné les projets et les emplois, ce qui m’a continuellement épuisée. Cela faisait en réalité des années que je pensais à me réorienter, et je crois que j’allais déjà dans cette direction depuis longtemps. Une formation en design est d’ailleurs un excellent point de départ pour devenir artiste ; j’ai finalement été préparée à cela. Je voulais aussi travailler de façon plus indépendante et ne plus dépendre des clients, car leurs exigences impliquaient des compromis constants, et je ne suis pas douée pour les compromis. J’ai longtemps essayé de trouver un équilibre, en me disant que je ferais moitié design, moitié travail artistique, mais je n’y arrivais jamais : un seul projet me prenait tout mon temps. J’ai donc fini par arrêter les commandes pour libérer l’espace nécessaire pour autre chose.
IS
Pourquoi penses-tu ne pas pouvoir trouver le temps ?
IC Je pense que ma manière de travailler relève d’une forme d’obsession, proche du perfectionnisme sans en être exactement. Lorsque je trouve une idée, qu’elle concerne un projet graphique, un travail personnel ou même un élément de mon intérieur, et qu’elle me plaît, elle peut facilement devenir accaparante. Il m’est difficile d’imposer une discipline stricte à mon temps : je ne parviens pas, par exemple, à décider de consacrer une matinée à un projet puis l’après-midi à un autre. Cette segmentation m’est presque impossible.
IS
Penses-tu que ta méthodologie de travail a changé en même temps que ta position, qui est désormais davantage du côté de l'art que du design ? Et selon toi, qu'est-ce qui distingue ces deux domaines en termes d'approche ?
IC Je ne pense pas que ma méthodologie ait beaucoup changé. Dans mon travail actuel, personne ne me dit « non », puisque c’est entièrement le mien. Cela rend toutefois certaines décisions plus difficiles, car je n’ai plus de dates intermédiaires, mais une seule date butoir. Travailler seule implique de verbaliser mes idées pour ne pas rester enfermée dans ma tête, ce qui constitue un bon exercice. En termes de méthode, je ne distingue pas réellement le design de l’art. J’emploie le terme « design » simplement parce qu’il est plus compréhensible pour les autres. La seule différence majeure réside dans le contexte professionnel : le design est lié à des emplois et à des commandes, tandis que l’art est autonome. Aujourd’hui, je suis professeure de design, et bien que je ne sois plus designeuse professionnellement, je ne ressens pas d’inadéquation dans ma position.
IS
Tu dis qu'il y a une date limite importante, est-ce que le travail est progressif ? Est-ce que tu arrives à travailler un peu chaque jour ?
IC Cette semaine, je me suis rendu compte que la date de l’exposition [du 28 février au 2 mai 2026, Ines Cox a présenté son travail à la galerie Ravisius Textor à Nevers, dans une exposition personnelle intitulée « Le Musée de la Question »] est dans trois mois et que je n’ai pas encore établi de plan précis. Actuellement, je prépare cette exposition entièrement dans InDesign, comme s’il s’agissait d’un livre, avant de réaliser physiquement les œuvres et d’acheter le matériel nécessaire. Dans ce sens, ma méthode reste la même. Je ne fonctionne pas comme une artiste « romantique » qui passerait de longues heures à expérimenter dans son atelier. Je pense que le graphisme repose aussi beaucoup sur la réflexion conceptuelle et la traduction d'une idée en quelque chose. C'est juste une autre langue. Je trouve amusant de voir à quel point les graphistes ou les artistes, ou disons plutôt certains types d'artistes qui m’attirent davantage, sont souvent introvertis. Je pense que les gens abordent ce type d’étude pour pouvoir s’exprimer à un niveau dépassant la simple formulation de leurs sentiments ou de leurs opinions par les mots.
IS
Cela me fait penser à l’un de tes calculs, dans lequel tu as écrit « Ines aime les introvertis ».
IC
Oui, c'était beaucoup. 99 % ou quelque chose comme ça.

Dans Calculations, Ines Cox rassemble 300 pages de calculs, de listes et d’opérations qui transforment l’obsession du chiffre en une forme de langage visuel. Il lui permet de mettre en jeu des pensées, affirmations et phrases parfois absurdes et d’en obtenir un résultat précis qui fait également office de prédiction relationnelle.
IS
Lorsque tu commences un projet, quel en est généralement le point de départ : une idée, un matériau, un geste, une contrainte, un contexte particulier ou une émotion ?
IC Cela dépend, mais en général, l’inspiration naît d’un élément particulier qui attire mon attention.
IS
Au moment où tu veux donner vie à une idée, qu’est-ce qui la distingue des autres idées sous-jacentes que tu as en tête ?
IC
Tout dépend du contexte. En réalité, je ne considère un travail comme terminé que lorsqu’une question se pose à son sujet. Chez moi ou dans mon atelier, j’ai peut-être une cinquantaine de projets, sur mon ordinateur ou dans mon carnet de croquis, mais aucun n’est entièrement achevé. La plupart sont proches de la finition, à environ 80 %, mais pour les mener réellement à terme, j’ai besoin d’un contexte précis.
Sans ce contexte, je ne parviens pas à terminer un projet. Par exemple, si je commence une œuvre chez moi simplement pour moi, je doute de pouvoir la mener à terme. En revanche, si je dois la présenter dans le cadre d’une visite, d’une exposition ou d’une conférence, je peux effectivement la finaliser. J’ai donc encore besoin d’une forme d’invitation ou de contrainte externe pour pouvoir véritablement conclure un projet.
C’est comparable au moment où les enfants obtiennent leur diplôme et quittent le foyer : il est important de savoir qu’ils iront vers un environnement qui leur conviendra. Il en va de même lorsqu’il s’agit de prendre une décision professionnelle. Le processus est profondément intuitif. Il m’arrive souvent de voir une œuvre et de penser qu’elle pourrait être très pertinente, ou qu’elle s’inscrit pleinement dans mon champ de pratique et dans ce qui m’appartient. Par la suite, il m’est difficile d’en expliquer la raison : cela relève d’une forme d’attraction. C’est pour cette raison que je collectionne des éléments et les conserve pendant un certain temps, avant de travailler avec eux afin de comprendre ce qui motive mon intérêt. Une fois cette compréhension acquise, il devient plus aisé de m’en détacher et de les transformer en œuvre.

Quelques pages des carnets de croquis qu’Ines Cox remplit, à raison d’un par an. La plupart de ses projets voient le jour dans les pages de ces carnets A5 qui ne la quittent jamais.
IS
Dans ton processus de travail, cherches-tu à faire coexister les coulisses de la création avec l’œuvre finale ? Certaines étapes ou éléments restent invisibles dans la production achevée : comment considéres-tu ces aspects qui ne sont pas perceptibles par le public et qui passent parfois inaperçus ?
IC
Oui, j’ai effectivement rencontré certaines difficultés à ce sujet lors de l’exposition à Paris [du 2 au 4 mai 2025, Ines Cox a présenté une installation intitulée « Learning, technically » à la galerie Not Today à Paris], autour des motifs de dentelle, car, d’une certaine manière, la traduction était allée trop loin. Je partais de motifs initialement conçus pour la fabrication de la dentelle, et le résultat final semblait ne plus entretenir de lien apparent avec ce point de départ. Toutefois, de mon point de vue, le processus demeurait naturel : chaque étape s’inscrivait de façon logique et faisait sens dans le cheminement du travail. Bien sûr, dans cette exposition, on ne voit que le résultat final. Je me suis demandé comment faire en sorte que mon intention soit clairement perçue, et je ne sais pas si j’y suis parvenue. Mon processus m’est très précieux : je conserve tout et ne jette rien, même numériquement, je ne supprime rien. À chaque modification d’un dessin, d’une photographie ou d’un projet, je sauvegarde systématiquement une nouvelle version. À ton avis, est-il possible de ressentir ce processus dans mon travail ? Les points de départ ?

Photos des essais et recherches qui ont mené à l’installation finale Learning, technically à la galerie Not Today à Paris.
IS
Je pense que c'est visible…
Tu as déjà en partie répondu à cette question, mais quelle est l’importance de l'intuition, des accidents et du hasard dans ton processus créatif ? Est-ce qu’il t'arrive aussi de faire des erreurs ?
IC Oui, bien sûr, c’est presque toujours ainsi. Pour reprendre l’exemple de ces motifs, j’ai commencé à réaliser le premier panneau il y a deux ou trois ans. Il s’agissait d’un simple essai, auquel je n’ai d’abord pas accordé beaucoup d’attention. Plus tard, je me suis dit que j’avais encore de la peinture noire et que je pouvais l’utiliser, en peignant ensuite les chiffres en blanc avec un crayon fin. J’ai conservé ce panneau environ un an dans mon atelier, avant de réaliser que le noir et blanc ne me convenaient pas, car l’ensemble restait trop proche de l’original. En ouvrant un placard, je suis tombée sur un pot de peinture crème brillante et j’ai décidé de l’essayer. D’une certaine manière, ces choix relèvent aussi de l’erreur ou de la coïncidence : s’il y avait eu un pot de peinture orange, le résultat aurait peut-être été tout autre. Je pense également, pour être honnête, que le choix des matériaux, des formats et des décisions pratiques est étroitement lié à l’endroit où je vis. En ville, il est facile de se rendre en quelques minutes dans une papeterie ou un magasin de bricolage. En revanche, là où je réside, l’achat d’un simple pot de peinture implique un déplacement de plusieurs heures. Je dois donc travailler avec les ressources dont je dispose déjà. Lorsque je décide malgré tout d’acheter du matériel, je suis contrainte d’anticiper et de penser aux besoins des jours suivants. J’essaie d’être prévoyante, mais cela reste, impossible en pratique.
IS
Tu as déjà évoqué le fait que tu accumules de nombreuses données ainsi que des références visuelles et textuelles au fil de tes projets. As-tu développé une méthode particulière pour organiser et archiver l’ensemble de ces matériaux, qu’ils soient numériques ou physiques ? J’ai notamment remarqué, lorsque tu nous as montré des images sur ton ordinateur, que les fichiers semblaient soigneusement classés et structurés.
IC Oui. Le moment où je me sens la plus productive, celui où j’ai réellement l’impression d’accomplir quelque chose d’utile, correspond au rangement de mon ordinateur. Pour moi, cela constitue une part essentielle du travail : comprendre l’ensemble de ce matériau et opérer une sélection parmi les images. C’est comparable au fait de nettoyer une pièce avant de commencer à travailler. Il en va de même dans mon atelier : je ne parviens pas à entamer un travail lorsque tout est en désordre. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais je passe beaucoup de temps à nettoyer la salle de classe, comme si mon esprit était en constante agitation. Ce fonctionnement peut paraître très organisé aux yeux des autres, mais il demeure, pour moi, profondément chaotique. Il y a les travaux en cours, ceux indiqués en rouge étant les plus importants, et ici, des projets potentiels pour l’avenir. Il s’agit, par exemple, de simples rayures sur des voitures. Un article de journal évoquait un individu qui avait rayé toutes les voitures d’un village. Ces images me touchent particulièrement. Je ne sais pas encore si je peux parler de projet à leur sujet, mais je suis certaine de vouloir en faire quelque chose.
IS
J'ai l'impression que tu vois du potentiel
dans beaucoup de choses.
IC
Un grand nombre de petites choses absurdes m’amusent. Par exemple, lors des fêtes de Noël dans ma ville, il y avait un Père Noël dont le visage n’apparaissait sur aucune des photos… Mais le plus important, c’est en fait mon carnet de croquis. Ce qui est drôle, c'est que j'ai commencé celui-ci il y a deux mois et celui-là est mon ancien carnet, qui est plein. Mais je ne peux pas quitter la maison sans lui, car j’ai l'impression qu’il est encore utile. Je le lis tous les jours. Il faut que je reste proche de mes idées pour ne pas les oublier.

Le père Noël sans visage d’Anlezy.
IS
Il me semble que l’écriture occupe une place importante dans ton travail, à la fois comme outil de réflexion et comme élément graphique. Comment envisages-tu, alors, la relation entre le texte et l’image ?
IC Je ne cherche pas à inventer une image ni à créer quelque chose de totalement nouveau. Mon approche consiste plutôt à observer un élément existant et à le travailler en le replaçant dans un contexte différent ou en le repositionnant. Ce que je modifie, c’est le langage ou le texte. Par exemple, ici, le nom de l'objet est « lunettes » [en pointant des lunettes sur la table], mais en les plaçant une nouvelle position ou contexte, je peux leur attribuer une autre signification en ajoutant un texte différent à côté. J’ai également l’impression que l’écriture m’offre une liberté beaucoup plus grande pour inventer, raconter et construire différentes histoires.
IS
Tu as aussi eu l'occasion de mentionner ton attachement aux chiffres, peut-être lié au fait que ton père était comptable. Est-ce que d'autres disciplines influencent ta pratique ? Comme les mathématiques, par exemple.
IC
Les chiffres en eux-mêmes ne m’intéressent pas vraiment. Il s’agit plutôt d’une idée que j’ai imaginée et que je trouve drôle ou comique. Je ne l’ai pas encore évoqué, mais c’est un aspect assez personnel : je n’ai pas une relation facile avec mon père. Il a toujours été plus mon comptable que mon père. À la maison, tout tournait autour des chiffres. Quand mes sœurs et moi étions enfants, nous imitons souvent nos parents, par exemple en faisant semblant de calculer sur une calculatrice. Je jouais au téléphone en disant : « Bonjour, Cox à l’appareil, que puis-je faire pour vous ? » Pourtant, les chiffres me rassurent, car ils font partie de mon univers depuis l’enfance. Un six est un six, un trois est un trois. Si vous obtenez 80 % à un examen, c’est clair et précis, alors que si le professeur écrit simplement « Bien », c’est beaucoup plus vague et difficile à interpréter pour moi. En ce qui concerne d’autres disciplines… certainement pas le graphisme. J’aime observer les productions en lien avec le design, en parler, découvrir le travail des autres, mais cela me rend souvent anxieuse ou intimidée plutôt qu’inspirée. Je ressens une pression, comme si ces idées avaient déjà été explorées et que je devais faire attention à ne pas les reproduire.

Pour chacun de ses projets, Ines constitue un classeur à anneaux rassemblant pistes écrites, photographies de références, contenus visuels, notes, dessins et tests.
IS
Et la biologie ou la physique ?
IC Oui, mais j’ai d’abord besoin d’un déclencheur spécifique avant de m’y plonger et d’en apprendre davantage. Récemment, par exemple, je suis tombée sur une grenouille qui ne suit pas le cycle habituel de reproduction : œufs, têtards, puis grenouille adulte. Il existe une espèce très rare dont les œufs donnent directement naissance à de petites grenouilles parfaitement formées, comme si elles choisissaient de ne pas traverser tout un cycle de croissance parce que c’est trop de travail. J’ai trouvé cela fascinant. Pendant des semaines, j’ai navigué sur Internet à ce sujet et j’ai découvert qu’un chercheur indien avait même consacré une thèse de doctorat à ce phénomène. C’est à ce moment-là que j’ai pensé que je devrais vraiment faire quelque chose à partir de cette découverte. À ce niveau, la science m’intéresse pleinement.
IS
Pour terminer cette interview, quels types de projets ou d'orientations aimerais-tu explorer à l'avenir ? Y a-t-il des matériaux, des techniques ou des outils que tu aimerais vraiment expérimenter ? Comme de nouveaux supports ou...
IC
C’est drôle, car ces deux dernières années, j’ai vraiment fait de mon mieux pour m’éloigner autant que possible du graphisme. Mais aujourd’hui, je me rends compte que c’est impossible. Je m’y suis remise et cela me procure un réel plaisir. Je pense donc que ces deux dernières années, je n’ai pas montré beaucoup de travaux parce que je tentais de peindre et de créer des choses très éloignées du design, ce qui a été un échec total. Aujourd’hui, je me dis que je peux utiliser le design pour créer des œuvres, qui ne seront simplement pas imprimées.
En ce qui concerne les matériaux, j’aimerais améliorer mes compétences techniques, comme scier ou percer. J’aimerais suivre un cours de travail du bois ou du métal. J’ai aussi envisagé la céramique, mais je dois encore me faire à l’idée qu’à 38 ans, suivre des cours de céramique à la campagne est un peu cliché.
IS
Et la performance ?
IC Quand j’étais étudiante et après l’obtention de mon diplôme, j’ai réalisé quelques performances avec une autre personne. C’était très graphique : nous concevions des décors et jouions à l’intérieur. J’ai beaucoup aimé cette expérience, car ce n’était pas quelque chose auquel j’étais habituée. J’ai toujours été une enfant très timide, mais sur scène, je peux prétendre être quelqu’un d’autre ou me laisser totalement aller. Je n’aime pas non plus être physiquement sous les projecteurs, mais il est possible que je refasse de la performance. Pour l’instant, je n’ai aucun projet concret. Il s’agit d’une peur à surmonter : monter sur scène et créer devant un public ou en direct est terrifiant. Mais une fois l’expérience accomplie, une fois que tout est terminé, c’est une sensation incomparable.
IS
Merci Ines.
IC Merci Inès.






